And Also The Trees-(Listen For) The Rag And Bone Man
par Gaylord le 22/04/2009
And Also The Trees est l’un des groupes qui incarne le mieux le romantisme. Plus précisément, le romantisme noir.
Ce n’est pas un hasard si (Listen For) The Rag And Bone Man a été enregistré d’une part dans un vieux manoir de la campagne anglaise, d’autre part dans une chapelle de Londres, ni que ces deux endroits sont réputés hantés par des fantômes. Brrrr…
(Listen For) The Rag And Bone Man fait suite à Further From The Truth, qui consistait en un effort louable de retourner au son des débuts, après deux albums d’inspiration plus américaine 50’s et 60’s dans les années 90, mais tombait un peu à plat. Le titre de l’album provient d’un souvenir d’enfance des deux frères, le chanteur Simon Huw Jones et le guitariste Justin Jones, qui entendaient le chiffonnier descendre les rues de Birmingham en criant “rags and bones!”, suivi de sa cariole tirée par un cheval. Anecdote digne de Dickens.
L’album commence par “Domed” (et non “Doomed”). L’écho répété d’une guitare nous parvient, suivi d’un sombre et grave violoncelle (il s’agit en réalité d’une contrebasse jouée à l’archet), puis d’arpèges de guitare et d’un piano électrique. La voix de Simon Huw Jones, aussi sombre et grave que le violoncelle, vient trancher ce climat brumeux et même opaque. Elle est intacte, toujours aussi théâtrale, shakespearienne et douloureuse. La batterie, qui évoque la période Virus Meadow, arrive, accompagnée d’une guitare wah wah. On pense à l’album Elyzium de Fields Of The Nephilim : un groupe post-punk, souvent étiqueté “gothique”, qui produit un rock planant, presque progressif, mais dépouillé des boursouflures et fioritures, de l’esthétique pompière et kitsch, des 70’s. “The Beautiful Silence” rappelle beaucoup le And Also The Trees de la période classique, celle des années 80. Simon Huw Jones se risque cependant à un ‘lalalala’ dont il n’est guère familier - même s’il n’a rien de frais et printanier mais est plutôt désabusé et un peu triste. “Rive Droite” est plus jazzy (notamment la contrebasse), mais avec des parties de guitares typiques de la grande période du groupe, notamment celle au son de mandoline, si unique. “Candace” rappelle étonnamment l’album Navigating By The Stars de Justin Sullivan : non seulement ce climat à la fois mélancolique et marin, la contrebasse évoquant le ressac, avec guitare acoustique et batterie subtilement jazzy, mais aussi le chant de Simon Huw Jones, ressemblant à celui d’un autre Justin, Sullivan, chanteur de New Model Army. L’album compte ainsi pas moins de 13 compositions de haute volée.
Forts d’une nouvelle configuration, And Also The Trees renouvellent leur approche de la musique sans pour autant vendre leur âme au Diable. Ils approfondissent et enrichissent leur univers sans le trahir. Si le batteur est présent depuis les 90’s, le renfort d’une jeune pianiste-guitariste-percussionniste (active surtout en concert plus que sur l’album) et, surtout, bien plus importante, l’arrivée d’un nouveau bassiste extrêmement talentueux, ont permis ce changement, cette maturation. Il était difficile de succéder au bassiste historique, au jeu typiquement cold-wave et en même temps si unique. Le nouveau joue surtout de la contrebasse, soit comme une basse, soit à l’archet comme un violoncelle. Il en résulte un son plus jazzy, plus chaud. Le dernier concert parisien a montré qu’il n’était pas non plus en reste à la basse électrique, il faisait au contraire des prouesses, avec un son stupéfiant, encore meilleur que le membre fondateur.
(Listen For) The Rag And Bone Man nous transporte entre forêts brumeuses au Moyen Age d’où émergent parfois les ruines d’un château ou d’une chapelle, rues du Londres victorien et nocturne de Jack l’Eventreur, grand large sur quelque vaisseau fantôme. La musique d’And Also The Trees, si elle est toujours aussi mélancolique, nostalgique et romantique, est encore plus aboutie, plus mature, plus riche, plus complexe. Des odeurs mêlées de bois, de sels marins, de musc et de vieux livres en ressortent. Mais pas de chloroforme, ni de naphtaline, ni même de poussière.
L’album nous montre la grande vitalité d’un groupe à la longévité impressionnante mais dont l’inspiration est loin d’être tarie. And Also The Trees accouchent ici d’une œuvre au noir, album de la maturité, sinon de l’apogée. Une œuvre en dehors du temps, préservée des effets de mode.
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