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Bauhaus-In The Flat Field/Mask (rééditions)/… And Remains
par Gaylord le 19/11/2009

bauhaus-in-the-flat-fieldExcellente initiative que de rééditer les deux premiers albums de Bauhaus. Et il ne s’agit pas d’une simple réédition remasterisée agrémentée de quelques morceaux bonus jetés en pâture. Saluons d’abord le travail sur le son, qui est tout bonnement somptueux, gagnant en puissance et en précision. Mais l’essentiel n’est pas là. Matériellement, chaque album s’insère dans un gros boitier en carton, avec un imposant livret contenant paroles, photos et textes inédits. On peut alors s’emparer du saint des saints : les CD eux-mêmes, emballés dans un plastique comme pour les vinyles, lui-même contenu dans un carton évoquant également le format microsillon, le tout dans un emballage carton. Bref, un peu comme des poupées russes. Il faut un peu de temps pour accéder au Graal, mais l’effort est amplement récompensé quand on écoute ces remasterisations au son parfait. Un gros effort a été fait sur la présentation et l’emballage, luxueux, dignes écrins à ces albums de légende. In The Flat Field (1980) contient deux CD, Mask (1982) trois, et un sixième CD (… And Remains), composé de versions différentes et d’un mini live, est offert pour l’achat des deux coffrets. Et le tout pour un prix plus que modique ! Difficile alors de croire à un quelconque opportunisme commerçant de la part du groupe ou du label…

Les influences de Bauhaus sont multiples et hétéroclites, et c’est ce qui fait la force et la diversité du groupe anglais : le Velvet Underground, le garage rock des 60’s, les Doors, David Bowie, les Stooges, T. Rex, Nico, Roxy Music, le dub, le funk, le disco, le jazz, et pas seulement musicales : l’expressionnisme et l’école du Bauhaus en premier lieu, comme en témoignent le graphisme de leurs pochettes et leur nom même, le surréalisme, le dadaïsme, le théâtre d’Antonin Artaud, le cabaret berlinois, etc. C’est à un univers européen interlope et cynique situé dans l’entre-deux guerres mondiales, en noir et blanc, à la fois luxueux et crasseux, sophistiqué et rentre-dedans, que l’on est ici convié – parfois sans ménagement.

La voix exceptionnelle du félin et émacié Peter Murphy, version androgyne d’Iggy Pop, avatar punk de David Bowie, sont bien entendu une des composantes essentielles de l’identité du groupe. Mais la guitare tranchante et sournoise, qui s’engouffre dans la faille creusée par Keith Levene (Public Image Limited) comme une lame de rasoir, de Daniel Ash, la basse fretless rebondie de David Jay et la batterie inventive, souvent tribale, de son frère Kevin Haskins, sont aussi pour beaucoup dans la réussite cinglante et fulgurante de ce groupe qui enregistra quatre chefs-d’œuvre en quatre ans avant de tirer sa révérence.

Dès le premier album, In The Flat Field, le quatuor imposait son style, unique, sexy et incendiaire, et laissait déjà plus qu’entrevoir l’étendue de ses possibilités, avec des morceaux tous réussis et déjà très variés pour un si jeune groupe.

Le deuxième opus, Mask, montre qu’il n’a fallu que très peu de temps à Bauhaus pour approfondir son style, l’enrichir et le renouveller, dans une direction moins punk, plus éclectique et plus sensuelle.

Le clou de ces rééditions, c’est le live This Is For When, enregistré en novembre 1981 à Londres. A dire vrai, c’est de loin le meilleur concert de Bauhaus qu’il m’ait été donné d’entendre, et l’un des meilleurs lives que je connaisse, ce qui n’est pas peu dire…

Le son est parfait, d’une puissance, d’un dynamisme et d’une finesse exemplaires, on s’y croirait. Le choix des morceaux est plus que judicieux, constitué des meilleurs titres du groupe, on retrouve « The Passion Of Lovers », « Silent Hedges », « The Man With X-Ray Eyes », « A God In An Alcove », « Dark Entries », ou « Bela Lugosi’s Dead », en tout pas moins de 17 titres !

Mais surtout, les quatre musiciens interprètent ces morceaux avec une fougue et une ferveur peu communes et même très rares, comme si leur vie en dépendait. Le tempo est souvent un peu plus rapide que sur les versions studio. Peter Murphy n’a jamais aussi bien chanté, il domine, de sa grâce altière, cette performance exceptionnelle qui eut lieu ce soir là. Il faut entendre ce qu’il peut faire avec sa voix sur « The Man With X-Ray Eyes » (”your power knows nooo booounds…”), qui tient autant du théâtre d’Artaud ou du cinéma expressionniste que simplement du rock… Les morceaux prennent une autre dimension, un autre relief, et sont parfois encore meilleurs ici que sur album, tour de force qui n’est pas donné à tout le monde. Magistral…

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