Buzzcocks-A Different Kind Of Tension
par Gaylord le 22/04/2009
Avec A Different Kind Of Tension, les Buzzcocks poursuivent dans la veine engagée dans les deux premiers albums. Du punk mélodique. Des chansons d’amour jouées à cent à l’heure. Expression d’un spleen existentiel et adolescent. “Paradise”, “You Say You Don’t Love Me” (du Buzzcocks à l’état pur qui tourne cependant un peu à l’auto-parodie), “Raison d’Etre” ou “I Don’t Know To Do With My Life” (toujours cet art des titres directs qui sonnent comme des slogans à la fois cyniques et naïfs) en sont la parfaite illustration. On ne trouve pas cependant sur l’album de tueries absolues comme l’étaient “Orgasm Addict”, “Fast Cars”, “Sixteen Again” ou “Ever Fallen In Love?”. Devant sa relative impuissance à réitérer des tubes de cette trempe (”I Believe” tombe même à plat), le groupe n’a sans doute eu d’autre choix que de se tourner vers d’autres directions.
Trois morceaux sont chantés par le guitariste Steve Diggle (il y en avait déjà un sur l’album précédent, et surtout le superbe single “Harmony In My Head”), qui a une voix beaucoup moins aigüe que Pete Shelley, et plus pub-rock, comme “Sitting Around At Home”, marqué par ses accélérations-décélérations, ou “Mad Mad Judy” qu’on n’aurait pas soupçonnée émaner des Buzzcocks tant elle est atypique au sein de leur répertoire. Ces titres, s’ils s’ancrent comme les précédents dans une tradition british 60’s, sont à la fois moins punks, moins pop, plus bruts et plus rock. Plus Small Faces que Kinks, peut-être.
Un troisième type de morceaux, et c’est là une nouveauté - du moins qui s’exprime de manière beaucoup plus flagrante - est influencé par Kraftwerk. Des morceaux absolument pas électroniques, mais plus lents, froids, minimalistes, mélancoliques, mécaniques voire robotiques, et paradoxalement très mélodiques. “A Different Kind Of tension”, où la voix est même parfois déformée de manière futuriste comme celle d’un robot, à la manière des hommes-machines Kraftwerk ; “Money”, où Shelley s’écrie ‘life’s a zoo’ ; et “Hollow Inside”, ouverte par une excellente partie de basse, où il décline presque à l’infini toute une série d’oppositions (”Be good-Be evil/Be wise-Be foolish/Be safe-Be dangerous/Be satisfied-Be envious”, etc.), ne sont pas seulement les compositions les plus audacieuses de l’album mais aussi les meilleures.
Vous l’aurez compris grâce aux titres des morceaux eux-mêmes : tout comme ceux-ci, la musique et les paroles des Buzzcocks parlent à tous, en tous temps, ils sont universels et intemporels, avec des thèmes comme les amours déçus ou impossibles, l’ennui ou la peur de l’avenir. Même s’ils sont en même temps le reflet d’une époque et d’un territoire précis, l’Angleterre (en particulier septentrionale et urbaine) dévastée par la crise, où le malaise de la jeunesse est sublimé par le punk. Un mouvement électrochoc qui s’essouffle vite, pour ne pas dire qu’il est mort-né… Passé cette fête nihiliste, catharsique et salutaire, les lendemains déchantent, la gueule de bois est quelque peu douloureuse. Cet album en est le reflet, même s’il tente de maintenir l’illusion que le cadavre du punk bouge encore.
Des trois albums de la grande période (avant la reformation), A Different Kind Of Tension est sans doute le moins bon. C’est tout de même un grand album, qui voit les Buzzcocks expérimenter davantage, même si les compositions ne font pas autant mouche qu’auparavant, sauf précisément celles d’un nouveau genre. Il illustre aussi, en quelque sorte, le difficile passage du punk au post-punk (en témoignent par exemple certaines parties de guitare plus cristallines et mélancoliques), virage que le groupe n’a pas vraiment réussi à négocier, contrairement par exemple à Siouxsie And The Banshees ou John Lydon avec Public Image Limited succédant aux Sex Pistols, puisqu’il se sépare peu après. L’implication croissante de Diggle évoquée plus haut est sans doute une autre clé pour comprendre ce split : l’éternel conflit d’égos, renforcé ici par le fait qu’il s’agit de deux chanteurs-guitaristes, devenus, on le suppose, frères ennemis.
Articles récents
- La Femme Verte-Small Distortions
- The Mission-Masque
- Andrew Eldritch et Wayne Hussey, deux facettes d’une même entité ?
- Nick Cave et le Southern Gothic
- Siouxsie-Mantaray
- The Triffids-Treeless Plain
- Nick Cave And The Bad Seeds-Your Funeral… My Trial
- Nick Cave And The Bad Seeds-Kicking Against The Pricks
- Nick Cave And The Bad Seeds-The Firstborn Is Dead
- Cindytalk-Paris [Le Klub]-08 octobre 2009