Dead Can Dance-Into The Labyrinth
par Gaylord le 09/12/2009
Into The Labyrinth propose un voyage – presque initiatique – dans le temps et dans l’espace, dans les musiques mystiques et liturgiques, qu’elles soient celtiques, médiévales, africaines ou arabes. Le titre provient de la série télé du même nom (diffusée en Angleterre au début des années 80), narrant l’histoire de deux sorciers qui s’affrontent à différentes époques et en différents lieux. L’album a été enregistré dans une chapelle irlandaise que Brendan Perry venait de racheter. On aurait bien tort d’affubler Dead Can Dance, et cet album en particulier, de l’étiquette « world music », réductrice voire dénuée de sens, et ici de toute façon complètement hors-sujet. Le groupe est d’ailleurs en soi « mondial » car ses deux membres sont australien pour l’un et irlandais pour l’autre. On n’a pas affaire à une récupération néo-colonialiste de musiques du « monde » (entendez du Tiers-Monde), édulcorant les traditions culturelles en un exotisme en toc, insipide, de pacotille. Au contraire, il s’agit d’une quête de spiritualité, qui passe par l’appropriation, sincère, profonde et érudite, de traditions musicales et d’instruments (parfois fabriqués par Brendan Perry lui-même) issus de cultures diverses. Des paysages, des rêves, des cérémonies religieuses ou magiques, des danses rituelles, tout cela renvoyant à ce qui peut être fondamental et universel dans la nature humaine et ses relations à la Terre, tels sont les thèmes et les ambiances généralement associés à Dead Can Dance, qui s’appliquent tout à fait à cet album, qui peut par exemple évoquer le « temps des rêves » aborigène.
Dead Can Dance, loin d’avoir retourné sa veste, réalise son projet initié depuis les débuts, lisible dans son nom : faire danser ce qui est mort, réveiller des traditions ancestrales, faire revivre des instruments anciens, façonner la matière brute et lui insuffler la vie comme le fit Prométhée. Et cet album s’inscrit également dans la modernité du post-punk des origines. Les instruments traditionnels tels que guitare folk, vielle ou percussions diverses se mêlent aux synthétiseurs et échantillonneurs.
Au métissage entre les cultures, au mélange difficile mais réussi entre traditions et modernité, répondent la complémentarité entre deux fortes personnalités, deux artistes accomplis. Sur cet album, Lisa Gerrard et Brendan Perry se partagent le chant d’un morceau à l’autre, mais aussi les compositions, et on se rend compte qu’on a presque affaire à deux albums solos enchevêtrés. Le naufrage de l’album suivant, le dernier du groupe, apparaît alors presque prévisible. C’est d’ailleurs Brendan Perry qui s’en sort le mieux ici, apportant du moins le plus de nouveauté par rapport aux albums précédents, tandis que sa partenaire se contente (mais c’est déjà beaucoup !) de faire ce qu’elle sait faire. Il se fait presque crooner, rôle assez inattendu mais qui lui va bien et tranche avec les mélopées et vocalises de Lisa Gerrard. Il reprend « The Carnival is Over » (déjà reprise par Nick Cave And The Bad Seeds), tube 60’s assez moyen de The Seekers. Mais c’est surtout sur la pièce maîtresse « How Fortunate The Man With None », où il se paye le luxe de se la jouer à la Sinatra, que son talent éclot au grand jour.
On pénètre dans ce labyrinthe avec « Yulunga (Spirit dance) », qui commence par un tour de force vocal de Lisa Gerrard dans la lignée de morceaux majestueux, solennels et immobiles tels que « The Host Of Seraphim », à l’atmosphère cinématographique, dont elle usera et abusera par la suite, pour sa carrière solo, y compris justement pour des musiques de films. Mais le morceau évolue, l’arrivée de percussions tribales donne tout son sens au sous-titre, « Spirit Dance », il s’insinue dans chaque pore de la peau et entraîne dans une danse rituelle convulsive. Les titres les plus marquants sont toutefois les très courts « The Wind That Shakes The Barley », tragique mais poignant et magnifique, qui constitue l’une des plus belles performances vocales de Lisa Gerrard, a cappella, et l’ensorcelant « Saldek », dans un registre vocal un peu différent de l’accoutumée, beaucoup plus rythmé, qui mène vers des contrées arabes dans une sarabande sarrasine.
Sans être parfaitement réussi, Into The Labyrinth est un grand album de ce groupe majeur et si singulier qu’est Dead Can Dance. Un album finalement plus abouti que son prédécesseur Aion, et plus homogène malgré cette dualité accrue entre les contributions de Lisa Gerrard et de Brendan Perry.
Mot(s) clé(s) : Brendan Perry • Dead Can Dance • Lisa GerrardArticles récents
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