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» Lydia Lunch-Honeymoon In Red

Lydia Lunch-Honeymoon In Red
par Gaylord le 22/04/2009

lydia-lunch-honeymoon-in-redAu recto de la pochette de l’album, la photo montre une Lydia Lunch torride et sulfureuse, transpirant le sexe et le danger - non sans un soupçon de vulgarité assumée. Blonde décolorée, rouge à lèvres éclatant, sourire carnassier, regard à la fois enjoliveur et défiant, pistolet tenu par une main dans un gant noir.
Pour Honeymoon In Red, l’égérie punk Lydia Lunch, souvent rattachée au mouvement no wave, s’entoure de complices en adéquation avec son univers : le guitariste Rowland S. Howard (ex-Birthday Party), qui chante également, et compose quelques titres, Tracy Pew (ex-Birthday Party) à la basse, Genevieve McGuckin, pianiste et organiste de These Immortal Souls (groupe de Rowland S. Howard), et divers batteurs.
La no wave a donc des racines non pas seulement new yorkaises mais également australiennes. L’album est d’ailleurs produit par Clint Ruin, pseudo de James George Thirlwell, par ailleurs leader de Foetus, groupe emblématique du genre.
Lydia Lunch et sa bande distillent la bande-son d’un court métrage à New York où sexe, drogue et meurtre ont la part belle. Un rock urbain sale, poisseux, malsain, vénéneux et sexuel. Entre garage rock, post-punk, rockabilly et rock sudiste. Joué par des musiciens qui semblent faire le choix de massacrer les chansons ou, plutôt, de les salir, de les amocher, de les pervertir. Les compositions sont bancales, comme une voiture conduite par un ivrogne, mais ne sortent jamais de la route. La production, chétive et légèrement crade, sert l’album, là où Andy Warhol avait échoué (sur la plupart des titres) pour le premier Velvet.
L’album s’ouvre par la guitare cradingue et rachitique de Rowland sur “Come Fall”, chanté par lui et Lydia, rejoints par une rythmique fangeuse et une carcasse de piano. La lune de miel commence bien mal : elle est effectivement en rouge, couleur évoquant le sexe et la mort. Eros et Thanatos. Le décor est planté, le scénario avance inexorablement, servi par des acteurs incarnant la déchéance. On s’enlise, lentement mais sûrement, dans la décadence urbaine avec “So Your Heart” et “Dead Driver”. Sur “Three Kings”, co-écrit et co-composé par Genevieve McGuckin, Lunch prend un ton plus grave, proche du spoken word (genre dans lequel elle enregistrera plusieurs albums). Un guitariste de marque officie sur le morceau : Thurston Moore (Sonic Youth). “Done Dun”, composé par Murray Mitchell (roadie de Siouxsie And The Banshees et guitariste de The Gun Club), blues sombre, glauque, mortifère et effrayant, est co-chanté par un Nick Cave plus prédateur que jamais, crédité comme “jumeau mort” de Lydia. “Still Burning” est chanté par Rowland, tout seul comme un grand. “Fields Of Fire”, qui voit le retour au chant de Lydia avec Howards, est un peu plus rythmé que le reste de l’album. La note unique de piano, martelée, évoque aussi bien le “Waiting For The Man” du Velvet que le “I Wanna Be Your Dog” des Stooges. Sur “Dead In The Head”, la femme fatale est accompagnée par un “drunk cowboy junkie” qui n’est autre que Nick le Caverneux. La guitare et la batterie sont particulièrement bruitistes et harassantes. Le clou du spectacle est la reprise de “Some Velvet Morning” qui clôture l’album, avec Lydia et Rowland dans le rôle de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood. Un couple tout aussi sexy mais beaucoup plus rock’n'roll et maudit. Dans cette version délicieusement brouillonne, désossée et déjantée, le passage chanté par Lydia est sompteux : la musique ralentit, laissant brièvement place à une ritournelle ressemblant presque une boîte à musique enfantine, qui appuye le chant faussement candide et juvénile de la belle. Sur cette seule concession à la mélodie, la basse est assurée par Bary Adamson (ex-Magazine puis Nick Cave And The Bad Seeds).
Honeymoon In Red est une oeuvre fascinante mais assez difficile à écouter. L’un des meilleurs albums de la sulfureuse Lydia Lunch. Shotgun Wedding, en collaboration avec Rowland S. Howard, comme son titre l’indique (mais à l’envers dans l’ordre chronologique…), en constituera une suite plus aboutie et homogène, plus accessible aussi.

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