The Mission-Masque
par Gaylord le 30/09/2010
L’album Masque avait énormément déçu les attentes des fans de The Mission, qui était jusqu’alors un groupe assez populaire, et venait d’atteindre le paroxysme de son succès. Et il n’a pas permis non plus de conquérir un public autre et plus large. Ce fut un échec à la fois artistique et commercial. Le leader Wayne Hussey, lassé qu’on lui reproche de toujours faire la même chose, décida de prendre le contre-courant de la ligne directrice de son groupe. Et de ce qui fait sa force, de son âme…
Il faut dire que le guitariste Simon Hinkler venait de partir au milieu de la tournée mondiale et triomphale suivant l’album Carved In Sand (1990). Wayne Hussey, habitué à donner le meilleur de lui-même en travaillant avec un alter ego (comme Andrew Eldritch de The Sisters Of Mercy), se retrouve seul aux commandes, un peu perdu, et part dans tous les sens, sans repères. L’album Masque est alors à prendre comme un album solo du chanteur-guitariste plus qu’un véritable album de The Mission. On sent d’ailleurs le bassiste et le batteur sous-employés et pas très impliqués…
On peut se demander si Wayne Hussey n’a pas voulu imiter U2 et son Achtung Baby, sorti l’année précédente. On retrouve la même volonté de rompre rigoureusement avec son passé, et certains sonorités et certains rythmes. On pourrait même envisager que « Spider And The Fly » soit un hommage déguisé (non sans humour vu que la mouche se fait dévorer !) à « The Fly », mais là ce serait un peu tiré par les cheveux. En tous cas, le leader de The Mission n’a jamais caché ses affinités avec la musique de U2, et le Mission classique partageait quelques caractéristiques avec les Dublinois au succès mondial : lyrisme celtique, hymnes échevelés, rock héroïque taillé pour les stades… L’hypothèse de la ressemblance entre les deux albums, les deux parcours, ne me semble avoir jamais été formulée, mais Wayne Hussey lui-même le confirmerait peut-être… Quoiqu’il en soit, autant ce fut une réussite personnelle et publique pour Achtung Baby, autant ce fut l’inverse pour Masque… Comme quoi, mieux vaut peut-être suivre son instinct qu’imiter les autres, aussi talentueux et couronnés de succès soient-ils…
L’album peut aussi s’expliquer par l’amour que semble avoir rencontré Hussey. D’où un ton plus léger, plus détendu, plus joyeux, avec beaucoup de chansons d’amour, à la gloire de l’être aimé.
Wayne Hussey s’est pourtant entouré d’invités de marque, qui ne réussissent pas à tout à fait à sauver l’album, encore moins à le rendre cohérent : Anthony Thistlethwaite (saxophoniste et joueur de mandoline dans The Waterboys), Jaz Coleman (chanteur de Killing Joke) aux arrangements de cordes, Miles Hunt (chanteur-guitariste de The Wonderstuff), Ric Sanders (violoniste de Fairport Convention), Mark Saunders (producteur de house music et remixeur de The Cure).
L’album commence pourtant pas trop mal avec le premier single « Never Again », au titre typiquement missionesque. On y retrouve la guitare acoustique 12 cordes à la fois ample, mélancolique et délicatement orientale qui est la marque du groupe et de son leader. Mais le morceau, à la mélodie plus que correcte, souffre d’une rythmique dansante et de sons électroniques assez cheap. Ces deux dernières caractéristiques, on les retrouve sur la plupart des morceaux de l’album. « Shades Of Green » et ses arpèges envoûtants aurait pu être une réussite mais est gâchée de la même façon. « Spider And The Fly », plus sombre, installe une ambiance dramatique, inquiétante autant qu’arabisante, et semble renouer avec la grande tradition de The Mission, mais peine à convaincre tout à fait – et l’emploi de ce saxo incongru n’y est pas étranger…
Trois morceaux très différents du Mission d’avant, mais très intéressants, montrent ce qui aurait pu être une voie fructueuse : le jazzy « She Conjures Me Wing », l’oriental, christique et sautillant « Sticks And Stones », et « Like A Child Again », hymne enjoué, exaltant et volontairement clownesque (à l’image du clip !). Deux chansons d’amour et une chanson mystique : c’est encore là où Wayne Hussey, comme toujours, s’en sort le mieux…
Mais le pire est à venir avec «You Make Me Breathe » et « Until There’s Another Sunrise », deux sucreries FM assez niaises… Les morceaux vraiment mauvais sont tout de même finalement très peu nombreux par rapport à ceux qui sont intéressants.
Bref, malgré quelques morceaux inhabituels mais réussis, le choix d’une pop assez commerciale et dansante aura été plutôt désastreux, et aura pour effet de bloquer la carrière du groupe à long terme, qui ne retrouvera ni son talent ni son succès, se contentant de survivre – ou de mourir à petits feux – malgré quelques sursauts. Le groupe reprendra pourtant trois morceaux de l’album, présents sur la compilation d’inédits Aural Delight (2002), dans des versions bien meilleures, montrant que le potentiel était déjà là dans Masque, mais mal exploité…
Mot(s) clé(s) : Killing Joke • The Cure • The Mission • The Sisters Of Mercy • The Waterboys • U2 • Wayne HusseyArticles récents
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