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And Also The Trees-Paris [Café de la Danse]-vendredi 30 octobre 2009
par Gaylord le 08/12/2009

Peu de groupes peuvent se targuer d’avoir aussi bien évolué que And Also The Trees. Ils ne se sont pas contentés de maintenir le navire à flot depuis tant d’années, contre vents et marées. Ils ont gardé le cap, mais ont aussi découvert d’autres terres. Ils ne se sont pas seulement renouvelés, n’ont pas seulement mûri, ils sont même devenus encore meilleurs aujourd’hui qu’à l’époque de leur apogée, il y a maintenant un quart de siècle. Ce tour de force n’est pas donné à tout groupe, et même assez rarissime pour être souligné.

C’était la deuxième fois que je voyais le groupe en configuration acoustique. Si le Café de la Danse ne constitue pas un cadre aussi intimiste, dépouillé et propice au recueillement que le Lavoir Moderne (où ils avaient joué en juin, subjuguant l’assistance), ça n’en est pas moins un lieu approprié et habité. Son mur du fond en pierres de taille à l’appareillage massif, d’une hauteur vertigineuse, évoque quelque château médiéval bien adapté au romantisme légendaire du groupe.

Le public n’a rien de gothique ou cold wave, ni même rock. Un public éclectique, de tous âges, même si les trentenaires semblent dominer. Un public exigeant, de connaisseurs, alléchés par ce groupe qui sait si bien gérer son image, entretenant la classe et le mystère, forçant le respect. En effet, jamais les frères Jones ne commettraient l’erreur faite par un Robert Smith de s’acoquiner avec quelque groupe commercial à la mode ou de se faire remixer par quelque artiste pour viser le public émo. On est là aux antipodes de cette manière désastreuse de mener sa carrière, et c’est tant mieux. Le groupe a plutôt l’aura d’une formation de jazz ou de musique contemporaine.

And Also The Trees entre sur scène. Une scène qui pourrait être celle d’un théâtre. Simon Jones, le chanteur, incarne le romantisme, la classe et la théâtralité shakespearienne avec une élégance, une sobriété et une passion rares. Son jeu de scène a évolué ces dernières années, sa gestuelle se fait le reflet de son âme tourmentée, il est plus expressif que jamais. Sans parler de ce chant hanté qui fascine l’auditoire. Les fantômes de Jim Morrison, de Scott Walker ou de Jacques Brel ne sont jamais loin.

Son frère Justin Jones est décidément un guitariste exceptionnel, capable de s’effacer au service d’un morceau, mais aussi de livrer quelque brillant solo, avec une habileté et une finesse extraordinaires. Il fait corps avec sa guitare, à 6 ou 12 cordes, et ressemble à un joueur de flamenco.

Le bassiste Ian Jenkins, nouveau venu, qui a apporté du sang neuf au groupe, joue uniquement de la contrebasse, soit à l’archet comme un violoncelle, soit comme une basse rythmique. Pas de batterie. Il assure également sur certains morceaux les chœurs avec brio.

Emer Brizzolara joue essentiellement du dulcimer, accentuant le côté mélodique des morceaux, mais aussi du mélodica, et de la guitare sur un morceau, laissant l’accordéon à Justin.

Simon demande au bout de quelques morceaux aux photographes, nombreux et envahissants, de laisser les spectateurs profiter du concert, mais préfère en plaisanter au morceau suivant. Il se montre en effet assez chaleureux et pince-sans-rire, présentant ainsi un vieux morceau qu’il présente comme une pop-song, précisant qu’il connut bien entendu un succès massif.

Au cours de cette longue performance, le groupe alterne entre anciens classiques, comme « A Room Lives In Lucy » ou « Virus Meadow », toujours aussi sublimes en acoustique, et titres plus récents, extraits notamment de (Listen To) The Bone And Rag Man.

Le concert aura été captivant, malgré quelques passages où l’attention se relâche un peu, et le groupe a eu le mérite de changer son set depuis le concert acoustique de juin.

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