Wire-Paris [La Maroquinerie]-samedi 27 septembre 2008
par Gaylord le 23/04/2009

Wire est l’un des fers de lance du post-punk, et incarne même le passage du punk à la new-wave, c’est une évidence. .
La venue du groupe à Paris était une occasion rêvée pour se prendre le mythe en pleine face.

Très rapidement, la musique de Wire en live impressionne par sa puissance et sa rugosité. Cette rigueur presque rigoriste, mécanique, voire robotique, ce minimalisme, cette froideur, cette concision incisive, ce cynisme, cette rage, confinant presque à la méchanceté, tout y est.

Pas un gramme de gras dans leur musique, juste des muscles, mais, surtout, des os, et, plus encore, des nerfs. Le tout guidé par la matière grise et les tripes plus que par le cœur. Le chanteur-guitariste Colin Newman, légendaire leader du groupe mais aussi producteur de renom, qui n’a cessé au cours du temps, et encore maintenant, de se remettre en question pour avancer, ressemble de plus en plus à un Jackie Berroyer britannique. Son chant fait parfois penser à un Johnny Rotten à la fois cartoonesque et philosophe, ou à Frank Bell, le postier de la banlieue londonienne où vivaient les membres de The Cure, qu’ils firent chanter pour Cult Hero, leur side-project de 1979-1980. Le bassiste Graham Lewis, au son impressionnant, qui chante parfois, a une voix très différente de Colin Newman, plus grave, plus monocorde, moins juste aussi. Le batteur, Robert Gotobed, tape juste et assez fort. La guitare lead est assurée par Margaret Fiedler McGinnis (Moonshake, Leika, PJ Harvey), et on peut dire que l’absence du membre fondateur Bruce Gilbert, qui a quitté le groupe il y a peu, ne se fait pas sentir, ce qu’on aurait pu craindre. On se réjouira également de l’absence totale de synthé et du moindre son électronique.
On est emporté par ce déluge sonore, joué assez fort, et parfois très vite. Ils n’ont pas oublié leurs racines punk, et le public de la fosse se lance d’ailleurs dans un pogo général car communicatif sur le dernier morceau, un “12XU” d’anthologie. On n’a que très peu de répit. La musique de Wire, sans concession, peu mélodique - ce qui ne veut pas dire sans imagination - n’est pas vraiment celle d’un groupe de rock de stades. Ce n’est pas chez eux que l’on trouvera des hymnes repris en chœur par les fans, bien au contraire. On remarque quand même “One Of Us”, single extrait de leur dernier album, sensiblement plus mélodique, voire pop. Mais tout de même très énergique. Les guitares sont toujours saturées, en distorsion, et l’on réalise plus pleinement l’influence qu’ont pu avoir Colin Newman et sa bande non seulement sur le post-punk et la new-wave, mais aussi sur la noisy et autres courants de l’indie rock, sans parler des vagues de revival post-punk récentes… Sa guitare ne se fait claire, et même cristalline, que sur un seul morceau. Colin Newman ne joue plus le dos tourné au public, mais se retourne tout de même une fois, pendant quelques dizaines de secondes à peine. Le groupe est habitué aux concerts courts, celui-ci ne déroge pas à la règle. En revanche, ils nous gratifient d’un et même de deux rappels, ce qui n’est pas dans leurs habitudes.
A l’heure où il est très à la mode pour les vieux groupes des mouvances post-punk de jouer un ou plusieurs albums emblématiques, généralement dans leurs premiers (on en a eu des exemples dans les semaines et les jours précédents, et même le jour même avec Killing Joke !), le groupe a choisi de ne pas succomber à cette tentation, mais de jouer ce qu’il avait envie de jouer sur le moment. Et c’est tant mieux.
Un concert efficace, agréable, même si ce n’est pas celui qui m’a donné le plus de plaisir, a le plus soulevé mon enthousiasme, mais qui restera mémorable à plus d’un titre.

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